L'Existentialisme

Publié le par Marika Fumagalli

L'Existentialisme
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La question de savoir si André Gide fait partie ou non de l'existentialisme est fascinante car, bien qu'il ne soit pas un existentialiste « de profession » comme Sartre ou Camus, il en a été indubitablement l'un des précurseurs les plus influents.

Gide a anticipé les thèmes clés de l'existentialisme bien avant que le mouvement ne devienne une mode philosophique après la Seconde Guerre mondiale. Jean-Paul Sartre lui-même a reconnu en Gide un maître, écrivant à sa mort que Gide avait « vécu pour nous » la crise de la morale traditionnelle.

En résumé

On peut dire que Gide n'est pas un existentialiste au sens strict, mais il est le chaînon manquant entre le décadentisme du XIXe siècle et l'existentialisme du XXe siècle. Sans sa défense de l'individu contre la morale bourgeoise, l'existentialisme français n'aurait probablement pas eu le même impact.

André Gide (1869-1951), le "Père spirituel" 

  •  Points de contact avec l'existentialisme

    Gide partage avec les existentialistes plusieurs piliers philosophiques :

  • L'authenticité: Pour Gide, le péché suprême est la « comédie », c'est-à-dire jouer un rôle imposé par la société ou la religion. Sa quête de sincérité absolue (Les Nourritures terrestres) coïncide avec l'impératif existentialiste de vivre de manière authentique.

  • La responsabilité du choix: Gide refuse les dogmes préétablis. L'individu doit forger sa propre morale à travers l'expérience, une position qui résonne parfaitement avec le célèbre «l'existence précède l'essence» de Sartre.

  • Le refus du transcendant: Bien que Gide ait longtemps lutté avec son éducation protestante, sa philosophie aboutit à un humanisme laïque où l'homme est le seul artisan de son propre destin.

  • L'acte gratuit: Dans son roman Les Caves du Vatican (1914), André Gide introduit le concept de l'acte gratuit (une action accomplie sans motif ni but rationnel), illustré par le personnage de Lafcadio, qui pousse un inconnu, Fleurissoire, hors d'un train en marche sans mobile apparent, ni haine, ni intérêt. Ce concept est un ancêtre direct de l'idée existentialiste de liberté absolue et de la nécessité de se choisir soi-même en dehors des normes sociales.  Cet acte vise à prouver une liberté totale, affranchie de toute causalité ou moralité.

  • Les différences (il n'est pas «existentialiste pur»)

    Malgré les affinités, certaines nuances l'éloignent du noyau dur du mouvement:

  • Hédonisme vs Angoisse: Alors que l'existentialisme de Sartre ou Heidegger est souvent imprégné d'angoisse (Angst) et de nausée face au vide, la pensée de Gide est plus solaire et sensuelle. Dans Les Nourritures terrestres, la liberté est joie, découverte des sens et ferveur, et non seulement une condamnation au choix.

  • Individualisme esthétique: Gide était un esthète. Pour lui, la vie est une œuvre d'art. Les existentialistes d'après-guerre, en revanche, se sont tournés vers l'engagement politique, une dimension que Gide n'a effleurée que temporairement (par exemple lors de son voyage en URSS).

 

Jean-Paul Sartre et Albert Camus sont considérés comme les figures majeures de l'existentialisme français d'après-guerre (1945-1960), marquant profondément la philosophie et la littérature du XX siècle. Bien qu'ils aient partagé une amitié et un engagement dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, leurs chemins ont divergé, ils ont développé des pensées distinctes et ils se sont enfin brouillés. Bien qu'associé à ce courant, Camus rejetait souvent l'étiquette d'existentialiste.
La rupture: La fracture idéologique est devenue publique après la parution de L'Homme révolté de Camus, qui a été violemment attaqué par les sartriens dans la revue Les Temps modernes. Camus s'oppose à Sartre sur la question de la violence révolutionnaire (communisme), le jugeant moraliste et trop proche de l'idéologie soviétique (il lui reprochait de fermer les yeux sur les goulags soviétiques au nom de la révolution) tandis que Sartre critique Camus pour un manque d'engagement concret (il a une morale abstraite face à la réalité politique).
  • Thèmes communs : Ils traitent tous deux de l'absence de Dieu, de la responsabilité individuelle et de la nécessité de construire un sens dans un monde qui n'en a pas.
En résumé, ils représentent deux facettes complémentaires, puis opposées, d'une même époque de crise intellectuelle. Aujourd'hui, ils sont tous deux reconnus comme deux voix divergentes mais essentielles de la pensée française du XXe siècle. 
Jean-Paul Sartre (1905-1980), le chef de file
« L'existence précède l'essence »,
(L'homme se définit par ses choix et actions.)
  • Philosophe de l'engagement: Considéré comme la conscience de la gauche intellectuelle, il prône un engagement total de l'écrivain dans la politique.
  • Existentialisme: Auteur de L'Être et le Néant, il défend la liberté absolue et la responsabilité de l'individu.
  • Positionnement: Après la guerre, il s'est rapproché du parti communiste français et a soutenu la violence révolutionnaire comme un "mal nécessaire" pour le changement social, notamment dans sa revue Les Temps modernes.
  • Prix Nobel: Il a refusé le prix Nobel de littérature en 1964.
Albert Camus (1913-1960), le "révolté" 
  • Philosophe de la révolte: Né en Algérie, sa philosophie est centrée sur la morale, la condition humaine et l'absurde (le décalage entre la quête de sens de l'homme et le silence du monde) et la révolte.
  • Œuvres majeures: L'Étranger (1942), La Peste (1947) et L'Homme révolté (1951).
  • Positionnement: Dans L'Homme révolté, il critique le communisme soviétique et condamne toute violence qui justifie le sacrifice d'innocents, privilégiant la mesure et la vie humaine à la révolution.
  • Prix Nobel: Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957.

Publié dans Citoyens du Monde

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