Guillaume Apollinaire
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Aujourd'hui, je veux vous parler de...
Imaginez que nous sommes à Paris, au début du XXe siècle. L’air vibre d’une énergie nouvelle. On entend le jazz au loin, on voit Picasso déconstruire le monde sur ses toiles... et au milieu de ce tumulte, il y a un homme, un "mal-aimé" au génie solaire: Guillaume Apollinaire.
Apollinaire ne se contente pas d'écrire des vers; il veut que la poésie devienne un objet visuel. Il invente le mot "Calligramme", un mariage audacieux entre
calligraphie (la beauté de l'écriture)
et idéogramme (le signe qui représente une idée).
"Moi aussi je suis peintre!" s'écriait-il.
Pour lui, le texte ne doit plus être une prison de lignes horizontales. La page blanche est un espace de jeu, un champ de bataille, un ciel où les mots s'envolent.
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"Il pleut": Voyez ces colonnes de mots qui tombent verticalement. Ce n'est pas seulement un poème sur la pluie, c'est la pluie elle-même. Chaque ligne est une goutte de mélancolie qui glisse sur la vitre de notre âme. Voyez-vous comment les lettres dégoulinent? On n'écoute plus seulement le poète nous parler de sa tristesse, on la voit et on l'entend tomber comme une pluie fine sur un après-midi de spleen parisien.
C’est la poésie de la simultanéité: on lit et on voit en même temps.
https://www.artpoetique.fr/poemes/il_pleut.php
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"La Colombe poignardée et le jet d'eau": Ici, le contraste est déchirant. En haut, la colombe (symbole de paix et d'amour); en bas, le jet d'eau qui évoque les larmes et le sang qui coule. Apollinaire écrit cela en pleine Grande Guerre. Le dessin nous crie la fragilité de la vie alors que ses amis artistes partent au front. La colombe, en haut, déploie ses ailes de mots, tandis que le jet d'eau s'élève et retombe en une cascade de noms d'amis disparus à la guerre. C'est une calligraphie de la douleur, un monument aux morts de papier.
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Transcription
colombe
douces figures poignardées
chères lèvres fleuries
Mia Mareye Yette Lorie
Annie et toi Marie
où êtes-vous ô jeunes filles
Mais près d’un jet d’eau qui pleure et prie
cette colombe s’extasie
jet d’eau
Tous les souvenirs de naguère
Ô mes amis partis en guerre
Jaillissent vers le firmament
Et vos regards en l’eau dormant
Meurent mélancoliquement
Où sont-ils Braque et Max Jacob
Derain aux yeux gris comme l’aube
Où sont Raynal Billy Dalize
Dont les noms se mélancolisent
Comme des pas dans une église
Où est Cremnitz qui s’engagea
Peut-être sont-ils morts déjà
De souvenirs mon âme est pleine
Le jet d’eau pleure sur ma peine
bassin
Ceux qui sont partis à la guerre au nord se battent maintenant
Le soir tombe Ô sanglante mer
Jardins où saigne abondamment le laurier rose fleur guerrière
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- Et que dire de "La Cravate et la montre"? Apollinaire s'amuse avec les objets du quotidien pour nous dire que le temps passe et que la vie, comme une cravate, nous étrangle parfois de sa beauté.
https://www.artpoetique.fr/poemes/la_cravate_et_la_montre.php
C'est cela, l'Esprit Nouveau: ne plus séparer l'œil de l'esprit.
Parce qu'Apollinaire a compris, avant tout le monde, que nous allions entrer dans l'ère de l'image. Vos réseaux sociaux, vos émojis, votre façon de fragmenter le langage... c'est, d'une certaine manière, l'héritage lointain de cet "Esprit Nouveau".
Il a brisé la ponctuation pour laisser au lecteur le soin de respirer là où il le souhaite. Il a fait de la poésie un art total, à la fois musique, peinture et confession.
La poésie n'est pas faite pour être apprise par cœur, elle est faite pour être vécue. Apollinaire nous murmure que même dans le chaos de la guerre ou la douleur d'une rupture, on peut créer de la beauté.
Ses recueils poétiques les plus célèbres sont Alcools (1913) et Calligrammes (1918).
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