Le MOYEN ÂGE

Publié le par Marika Fumagalli

La chanson de geste

La chanson de geste raconte les exploits guerriers de Charlemagne ou de ses chevaliers.
  • Genre guerrier (pas de courtoisie)
  • Décor: champ de bataille
  • Femme/amour absents
  • Intérêt historique
La "laide trahison"
 
XL

« Beau sire Ganelon, a dit le Roi Marsile,
Je vous ai traité avec quelque légèreté
Quand, par fureur, je voulus vous frapper.
Je vous en fais réparation avec ces peaux de zibeline.
Elles valent plus de cinq cents livres en or,
Vous les aurez avant demain, c’est une belle compensation. »
Ganelon répond : « Je ne les refuse point :
S’il plaît à Dieu, qu’il vous rende la pareille ! »

 

XLI

« Ganelon, dit Marsile, tenez pour vrai
Que j’ai le désir de vous aimer très vivement.
Je veux vous ouïr parler de Charlemagne.
Il est bien vieux, il a usé son temps,
Il a plus de cent ans, que je sache.
Il a promené son corps par tant et tant de pays.
Il a reçu tant de coups sur son écu à boucle !
Il a réduit à mendier tant de riches souverains !
Quand donc sera-t-il las de batailler ainsi ? »
Ganelon répond : « Charles n’est pas fait ainsi.
Pas un de ceux qui le voient et qui ont appris à le connaître
Qui ne vous dise que l’Empereur est un vrai baron.
Je ne saurais assez l’estimer ni le priser,
Car nulle part, il n’y a plus d’honneur et de bonté
Qui pourrait dire quel est son vrai courage ?
Dieu l’a entouré d’une si radieuse vertu !
J’aimerais mieux mourir que quitter son baronnage. »

 

XLII

Le païen dit : « Je suis tout émerveillé
De ce Charlemagne qui est vieux et chenu :
Il a bien, que je sache, deux cents ans et plus.
Il a peiné de son corps par tant de royaumes,

Il a reçu tant de coups de lances et d’épées,
Il a réduit à la mendicité tant de puissants rois.
Quand donc sera-t-il las de batailler ainsi ?
— Cela ne sera pas, dit Ganelon, tant que vivra son neveu :
Sous la cape des cieux, il n’y a pas un chevalier comme lui ;
Son compagnon Olivier est son rival en prouesses.
Les douze Pairs, tant aimés de Charlemagne,
Composent l’avant-garde avec vingt mille chevaliers,
Charles est tranquille, il n’a personne à craindre. »

 

XLIII

Le païen dit : « C’est grande merveille pour moi
Que ce Charlemagne qui est blanc et chenu.
Il a bien, que je sache, plus de deux cents ans.
Par tant de terres, il a été en conquérant !
Il a reçu tant de coups de bons épieux tranchants !
Il a vaincu en bataille de si riches rois !
Quand donc sera-t-il las de batailler ainsi ?
— Cela ne sera pas, dit Ganelon, tant que vivra Roland.
Il n’y a pas de pareil baron d’ici en Orient.
Son compagnon Olivier est aussi plein de prouesse.
Les douze Pairs, que Charles aime tant,
Composent l’avant-garde avec vingt mille Francs.
Charles est tranquille, il ne craint homme vivant. »

 

XLIV

« Beau sire Ganelon, dit le Roi Marsile,
Mon peuple est tel que vous n’en verrez pas de plus beau :
Je puis avoir quatre cent mille chevaliers
Pour combattre contre Charles et ses Français. »
Ganelon répond : « Ce n’est pas cette fois que vous les vaincrez.
Vous ferez une grande perte de vos païens.
Abandonnez cette folie, et tenez-vous-en à la sagesse.
Donnez tant d’argent à l’Empereur
Qu’il n’y ait point de Français qui n’en soit émerveillé.
Au prix de vingt otages, que vous lui enverrez,

Le Roi Charles retournera en douce France.
Il laissera derrière lui son arrière-garde :
Son neveu, le comte Roland, s’y trouvera, je crois,
Et avec lui le preux et courtois Olivier.
Si vous avez confiance en moi, les deux comtes sont morts.
Charles verra tomber son grand orgueil,
Et n’aura plus jamais envie de vous faire la guerre. »

 

XLV

« Beau sire Ganelon, dit le Roi Marsile,
Comment m’y prendre pour tuer Roland ?
Ganelon répond : « Je saurai bien vous l’apprendre.
Le Roi se trouvera aux meilleurs défilés de Sizre,
Il aura placé derrière lui son arrière-garde.
Là sera son neveu, le superbe comte Roland,
Et Olivier, qui a toute sa confiance.
Envoyez-leur cent mille de vos païens ;
Que ce premier corps leur livre bataille,
La gent de France sera blessée et mise à mal.
Je ne dis pas pour cela qu’il n’y ait grand massacre des vôtres.
Livrez-leur de même une autre bataille.
De l’une ni de l’autre Roland ne pourra se tirer.
Vous aurez accompli là un brillant fait d’armes.
Et vous n’aurez plus de guerre de toute votre vie. »

 

XLVI

« Qui pourrait faire périr Roland là-bas
Ferait perdre à l’Empereur le bras droit de son corps.
Les merveilleuses armées de France y resteraient,
Charles ne rassemblerait plus de telles forces ;
Toute l’Espagne demeurerait en repos. »
Quand Marsile l’entend, il le baise au cou,
Puis il commence à ouvrir ses trésors.

La littérature courtoise

Le roman courtois est fondé sur des histoires et légendes de l''île de Bretagne et de la Bretagne (nord de la France), notamment celles du roi Arthur et ses chevaliers.
Caractéristiques du chevalier courtois
  • Prouesse (habile au combat)
  • Largesse (fait preuve de générosité)
  • Loyauté (envers sa dame et son seigneur)
  • Courtoisie (entièrement soumis à sa dame)
  • Quête
  • Amour courtois (souvent le but de la quête)
  • Présence importante de la femme
  • Le merveilleux (dragons, fées, géants, etc.)
Edmund Blair Leighton (1852-1922) "L'adoubement" (1901) et "La fin de la chanson" (1902)  Edmund Blair Leighton (1852-1922) "L'adoubement" (1901) et "La fin de la chanson" (1902)

Edmund Blair Leighton (1852-1922) "L'adoubement" (1901) et "La fin de la chanson" (1902)

 

Leighton présente une vision très idéalisée du Moyen Âge; dans le premier tableau, contrairement à la coutume médiévale de l'adoubement, il a remplacé le roi par la reine,  mêlant ainsi deux caractéristiques du chevalier: son dévouement au roi d'une partie (littérature épique) et son dévouement à la dame de l'autre (littérature courtoise). 

La femme, qui semble l'illuminer la salle, est le véritable centre du tableau.

Les préraphaélites sont de jeunes peintres anglais de la fin du XIXe siècle, qui souhaitent revenir à une peinture d'avant Raphaël (Renaissance italienne, XVe siècle). Ils puisent donc leur inspiration dans l'Antiquité, le Moyen Âge, la Bible...

Ils ont en commun avec la littérature du Moyen Âge le goût pour l'idéalisation et la symbolisation.

La littérature satirique

Le fabliau
  • But: faire rire (comique);
  • Souvent grivois ou vulgaire (présente les défauts des hommes);
  • Mise en scène des animaux (un peu le même principe que les «Fables» de La Fontaine);
  • Plusieurs courtes histoires indépendantes les unes des autres.

Le Roman de Renart n'est pas un roman, mais un recueil en langue romane, l'ancêtre du français, qui rassemble des textes disparates issus d'une longue tradition de récits animaliers en latin.

Poème de Pierre de Saint-Cloud composé vers 1174, complété par une vingtaine d'auteurs qui ont ajouté de nouveaux épisodes pour former 28 branches de récit.

La Poésie lyrique

Accompagnée de la lyre

Le lyrisme des trouvères
  • Produit par les trouvères (nord)
  • La poésie lyrique a souvent la forme de la chanson de toile

Charles d'Orléans - Rondeaux (regret de la patrie)

Le lyrisme des troubadours
  • Produit par les troubadours (sud)
  • La poésie lyrique est au service du fin'amor; la dame a remplacé le seigneur
  • L'amour est souvent adultère, donc interdit; voilà pourquoi on ne révèle presque jamais le nom de la femme.

Bernard de Ventadour - Le Chansonnier (plainte amoureuse)

Le lyrisme des bourgeois
  • La poésie se caractérise par une verve satirique et réaliste

Rutebeuf - La complainte Rutebeuf (fragilité de l'amitié)

« Pauvre Rutebeuf », magnifiquement interprétée par Léo Ferré dès 1955, est une adaptation moderne d'un poème du XIIIe siècle écrit par le poète médiéval Rutebeuf. La chanson/poème exprime la détresse, la pauvreté, la maladie et l'abandon par ses amis, peignant un portrait mélancolique de la misère humaine et de la solitude.

La version de Léo Ferré a permis de faire redécouvrir ce poète médiéval en le rendant proche de la modernité par la puissance de l'interprétation musical.

François Villon

Le premier "poète  maudit" à la vie bohémienne

Le premier "poète maudit" à la vie bohémienne

Ballade des pendus

La "Ballata degli Impiccati" du compositeur-interprète italien Fabrizio De André est une adaptation moderne d'un poème du XVe siècle écrit par François Villon: pour les deux le pendu est le symbole de l'homme désespéré et agonisant mais si pour le poète médiéval sa ballade est une invitation à la solidarité où Villon invite le condamné à prier Dieu pour obtenir de la miséricorde, pour De André il n'y aucun espoir et lui, il n'a aucune pitié pour les responsables de cette atrocité.

Le MOYEN ÂGE
Le MOYEN ÂGE
Comparaison des textes (Points clés)
 
François Villon (1462) Fabrizio De André (1968)
« Frères humains, qui après nous vivez, / N’ayez les cuers contre nous endurcis » « Tutti morimmo a stento / ingoiando l'ultima bava »
Ton: Prière humble, demande de fraternité et de pardon divin. Ton: Accusation rageuse, cri de vengeance et de désespoir.
Destinataire: Les passants (les vivants) et Dieu. Destinataire: Ceux qui les ont jugés et ceux qui se réjouissent de leur mort.
Message: la pitié chrétienne est nécessaire pour éviter l'enfer. Message: La loi est impitoyable ; l'absence de pitié rend les vivants pires que les morts.
 

 
Schéma pour l'analyse métrique et stylistique
  • La Ballade Classique (Villon):
    • Strophes: Trois strophes de 10 vers (dizains) suivies d'un envoi de 5 vers.
    • Refrain: Le dernier vers de chaque strophe est identique (« Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! »).
    • Langue: Moyen français. Il est utile de souligner des termes comme char (chair) ou pieça (il y a longtemps).
  •  
  • La Ballade Moderne (De André):
    • Structure: Strophes irrégulières qui suivent le rythme musical.
    • Musicalité: Emploi de rimes suivies (plates) et croisées très marquées pour créer un effet hypnotique et funèbre.
    • Choix lexical: De André utilise des termes crus (« il veleno del dente »« sputo ») pour nier la sacralité de la mort décrite par Villon.
Questions pour une Analyse Comparée
François Villon, La Ballade des pendus (1462) vs Fabrizio De André, La ballata degli impiccati (1968)
 
1. Analyse du texte : François Villon
  1. L’appel aux vivants : Pourquoi Villon définit-il les passants comme des « frères humains » ? Quel lien cherche-t-il à établir entre les morts et les vivants ?
  2. Le réalisme macabre : Relevez les termes liés à la décomposition physique (ex. char, pieça, dévorée, piqués). Quel effet l’auteur cherche-t-il à produire sur le lecteur du XVe siècle ?
  3. La dimension religieuse : Analysez le refrain : « Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! ». Quelle est la préoccupation principale des pendus concernant l'au-delà ?
 
2. Analyse du texte : Fabrizio De André
  1. L'absence de pitié : De André écrit : « col veleno del dente » (avec le venin de la dent) et « senza pietà » (sans pitié). Comment l’attitude des pendus change-t-elle par rapport au texte de Villon ?
  2. Le jugement des vivants : Qui sont les destinataires de la colère des pendus dans la chanson ? (Réfléchissez aux vers dédiés à ceux qui regardent l'exécution comme un spectacle).
  3. La métaphore de la bave : Que représente, selon vous, l'image finale de la « bave » (bava) qui coule, par rapport à la prière de Villon ?
 
3. Analyse comparée (Littérature et Langues)
  1. Du « nous » au « vous » : Remarquez comment Villon utilise le « nous » pour inclure les vivants dans la fragilité humaine, tandis que De André crée une rupture nette entre le « nous » (les morts) et le « vous » (les juges/spectateurs). Expliquez cette différence de vision sociale.
  2. L'évolution du genre : La « ballade » médiévale était una forme fixe et codifiée. De quelle manière De André en conserve-t-il l’esprit tout en la transformant en une chanson d'auteur moderne ?
  3. Traduire l'émotion : Choisissez une strophe de Villon et essayez de la réécrire en conservant le sens original, mais en adoptant le ton « colérique » de De André. Quels termes changeriez-vous ?
  4. 4. Réflexion critique
  5. Selon vous, la figure de l'éternel exclu (le « poète maudit » Villon et l'anarchique De André) a-t-elle changé avec le temps ou conserve-t-elle les mêmes traits de rébellion face au pouvoir ?

Ballade des dames du temps jadis

Cette petite ballade est composée de 3 huitains en octosyllabes et un envoi; c'est l'un des poèmes les plus célèbres de François Villon. Empreinte d'un lyrisme qui exploite les thèmes traditionnels de l'ubi sunt (Où sont ceux qui furent avant nous?) et de la fuite du temps, elle évoque la destinée humaine avec une mélancolie qui se dégage de l'énigmatique refrain «Mais où sont les neiges d'antan?»

Femmes citées
Flore, Thaïs, Écho, Héloïse d'Argenteuil, Marguerite de Bourgogne, Blanche de Castille, Bertrade de Laon, Béatrice Portinari, Adélaïde de Frioul, Erembourg du Maine, Jeanne d'Arc, Marie
Le MOYEN ÂGE

Villon embrasse toute l'échelle du temps alors connue, selon une progression chronologique allant d'un passé lointain jusqu'à sa propre époque. Il énumère:

des êtres mythologiques de l'antiquité gréco-romaine:

la déesse Flore,

l'Oréade Echo (les Oréades sont, dans la mythologie grecque, des nymphes qui habitent les montagnes et les grottes),

des personnages historiques

Thaïscourtisane égyptienne célèbre convertie à la religion chrétienne par un ermite et devenue sainte légendaire du IVe siècle, 

Bertrade de Laon, dite « Berthe au Grand Pied », figure politique majeure de l'époque carolingienne, épouse de Pépin le Bref et mère de Charlemagne, donc première reine des Francs, 

Erembourg, la comtesse du Maine, un territoire français historique où se trouve la ville de Le Mans,

Héloïse, intellectuelle française du Moyen Âge, célèbre pour sa passion interdite avec le philosophe Pierre Abélard, illustre professeur de philosophie, qui tombe amoureux de son intelligence et de sa beauté. Leur liaison tourne au scandale lorsqu'elle tombe enceinte. Ils se marient secrètement, mais Héloïse, par souci pour la carrière d'Abélard, nie cette union. Pour les séparer, l'oncle de Héloïse fait castrer Abélard. Par la suite, Abélard devient moine et Héloïse prend le voile,

Jeanne de Bourgogne, dite « la Boiteuse », épouse de Philippe VI de Valois, fut Reine de France de 1328 à 1349. Femme éduquée et influente, elle exerça la régence durant la guerre de Cent Ans, 

Jeanne d'Arc, la "pucelle d'Orléans" qui eut un rôle fondamental pendant la Guerre de Cent Ans, 

Blanche de Castille,[ la reine blanche comme un lys, fut Reine et Régente de 1226 à 1234,

Marguerite de Bourgogne, fille du duc de Bourgogne, elle épouse le roi Louis X en 1305, devenant reine de France en 1314. Accusée d'adultère avec le chevalier Philippe d'Aunay, elle est enfermée au Château-Gaillard en Normandie. Elle meurt mystérieusement le 30 avril 1315. Les causes sont débattues: mauvais traitements, froid, ou assassinat pour permettre à Louis X de se remarier et d'assurer sa descendance. Certains historiens évoquent l'hypothèse qu'elle ait pu être étranglée, bien que sa mort ait pu être causée par les conditions de détention.Elle a eu une fille, Jeanne II de Navarre. Son histoire a inspiré la légende de la Reine Margot, souvent confondue avec Marguerite de Valois,

Adélaïde de Frioul, reine de France carolingienne,

Béatrice Portinari, la muse de Dante Alighieri, la femme qui lui a inspiré un amour platonique.

 

Pour autant, cette évocation de destins divers n'a rien d'une danse macabre. Les dames apparaissent avec leurs qualités: la très sage (c'est-à-dire savante) Héloïse; la reine à voix de sirène (difficile à identifier); la bonne Lorraine (l'illustre Jeanne d'Arc). Bien qu'elles aient disparu comme ont fondu les neiges des hivers passés, elles laissent le souvenir de leur blancheur.

Seulement la Vierge Marie échappe à la décomposition charnelle; c'est à elle que Villon demande cette pureté évanouie. Le terme antan laisse au lecteur une liberté d'interprétation, soit l'année d'avant (ante annum) soit un passé indéfini.

Publié dans Citoyens du Monde

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